07/10/2026
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Pendant des décennies, lorsqu’une entreprise canadienne parlait d’expansion internationale, le premier réflexe était presque automatique : regarder vers les États-Unis. C’était logique. La proximité géographique, l’importance du marché américain, l’intégration de nos chaînes d’approvisionnement et des décennies de relations commerciales ont façonné cette réalité. Mais le monde change.
Et je crois que nous assistons actuellement à quelque chose qui pourrait avoir des conséquences importantes pour les entreprises canadiennes au cours des prochaines années : un rapprochement beaucoup plus profond entre le Canada et l’Europe. Ce rapprochement ne signifie évidemment pas que les États-Unis cesseront d’être un partenaire économique incontournable du Canada. Mais il ouvre une deuxième voie. Et pour nos entreprises, nos dirigeants et nos talents, cette voie mérite maintenant toute notre attention.
Canada–Europe : les bases d’un nouveau corridor économique sont déjà là
L’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne a été une première étape importante. Mais ce qui se passe actuellement va beaucoup plus loin. Le Canada et l’Union européenne travaillent maintenant à approfondir leur collaboration en matière de commerce, d’investissement, de défense, d’énergie, de minéraux critiques, d’intelligence artificielle, de technologies et de commerce numérique. Le Canada est également devenu le premier pays non européen à participer au programme européen SAFE dans le secteur de la défense. Nous ne parlons donc plus uniquement de réduire certains tarifs douaniers. Nous parlons progressivement de construire un véritable espace de collaboration économique transatlantique. Et pour les gens d’affaires, c’est là que la discussion devient particulièrement intéressante.
Canada et Europe : deux marchés de plus en plus complémentaires
Lorsque je regarde cette évolution avec mes yeux d’entrepreneur et de recruteur, je vois surtout deux marchés qui peuvent devenir extrêmement complémentaires. L’Europe possède une profondeur industrielle considérable, des capacités importantes en recherche, en ingénierie et en fabrication avancée ainsi qu’un marché de près de 450 millions de personnes. Le Canada possède de son côté des ressources naturelles importantes, de l’énergie, des minéraux critiques et des expertises reconnues en intelligence artificielle, en technologies, en finance, en infrastructures et dans plusieurs secteurs industriels. Mais il y a autre chose. Nous avons également des cultures d’affaires qui peuvent apprendre énormément l’une de l’autre. Et c’est peut-être là que se trouve une partie de l’occasion.
Après le commerce et l’investissement, le prochain enjeu sera celui des talents
On parle énormément de commerce lorsque nous discutons du rapprochement Canada-Europe. On parle de milliards de dollars. De chaînes d’approvisionnement, d’énergie, de défense et de technologie.
Mais derrière chaque investissement, chaque nouvelle usine, chaque acquisition et chaque expansion internationale, il faut des gens.
Des dirigeants, des ingénieurs, des professionnels, des spécialistes…des équipes capables de travailler dans plusieurs cultures.
On ne construit pas un corridor économique uniquement avec des accords commerciaux. On le construit avec des personnes capables de travailler des deux côtés de l’Atlantique. Et c’est ici que le marché du talent risque de devenir particulièrement intéressant.
Recrutement international : penser compétences avant de penser frontières
Nous rencontrons encore régulièrement des organisations qui définissent leur bassin de recrutement principalement par leur géographie. Montréal, Québec, Toronto…Canada.
Je comprends parfaitement cette logique. Mais dans certaines fonctions spécialisées et certains postes de direction, je pense que nous allons devoir élargir notre façon de réfléchir. La bonne personne pour une entreprise québécoise n’est peut-être pas actuellement à Montréal. Elle est peut-être à Paris, Bruxelles, Lyon, Munich ou Amsterdam. Et inversement, une entreprise européenne souhaitant accélérer son développement en Amérique du Nord pourrait trouver au Québec ou ailleurs au Canada des dirigeants possédant exactement l’expérience dont elle a besoin. C’est un changement de perspective important, car le talent devient lui aussi un marché international.
Mais recruter internationalement ne veut pas dire simplement importer des CV. C’est là que je pense que notre industrie doit demeurer prudente. Une expérience européenne impressionnante ne garantit pas automatiquement une réussite au Canada. Et une excellente carrière canadienne ne garantit pas davantage une réussite en Europe. Les environnements réglementaires diffèrent. Les relations de travail diffèrent. Les cultures de gestion diffèrent. Les façons de prendre des décisions diffèrent. Même la manière d’exercer son leadership peut être différente.
La question n’est donc pas uniquement : « Cette personne possède-t-elle les compétences? »
Il faut également se demander : « Cette personne possède-t-elle la posture nécessaire pour réussir dans cet environnement? »
Attirer les talents internationaux : la proposition de valeur fera la différence
C’est ici que je fais également un lien avec une récente étude internationale de BCG sur l’évolution des comportements des consommateurs. L’un des constats intéressants est que les gens recherchent de plus en plus la valeur réelle plutôt que simplement le prix. Je pense que nous retrouvons exactement le même phénomène dans le marché du travail. Les meilleurs talents ne regardent plus uniquement le salaire.
Ils regardent le projet. La qualité du leadership. La culture. Les possibilités d’évolution. L’autonomie. La mobilité. L’exposition internationale. Et de plus en plus, la possibilité de travailler dans un environnement qui dépasse les frontières traditionnelles de l’organisation. Pour les entreprises canadiennes qui sauront profiter du rapprochement avec l’Europe, cela peut devenir une proposition de valeur extrêmement intéressante.
Imaginez pouvoir dire à un jeune gestionnaire québécois : « Votre carrière peut commencer à Montréal, vous amener à Bruxelles ou Paris et éventuellement vous ramener au Canada avec une expérience internationale. ». Voilà une proposition employeur qui commence à être intéressante.
Canada–Europe : pourquoi le Québec possède un avantage particulier
Dans ce rapprochement entre le Canada et l’Europe, le Québec possède certains avantages naturels. La langue française constitue évidemment un pont important avec la France, la Belgique, le Luxembourg et une partie de la Suisse. Mais ce n’est pas seulement une question de langue. Le Québec possède une culture d’affaires nord-américaine avec une sensibilité européenne. Nous connaissons les réalités du marché américain. Nous travaillons dans un environnement nord-américain. Mais plusieurs de nos institutions, de nos pratiques et de nos références demeurent également proches de l’Europe.
Cette double identité peut devenir un véritable avantage économique. À condition de l’utiliser.
L’Europe, une nouvelle occasion de croissance pour les PME canadiennes
Il ne faudrait surtout pas croire que cette évolution concerne uniquement les multinationales. Au contraire. Je pense que plusieurs PME canadiennes devraient commencer à regarder beaucoup plus sérieusement vers l’Europe.
Et plusieurs entreprises européennes devraient considérer le Canada, et particulièrement le Québec, comme une porte d’entrée naturelle vers l’Amérique du Nord. Nous pourrions donc assister à davantage d’acquisitions, de partenariats, d’investissements, d’implantations et de collaborations transatlantiques.
Et chacune de ces transactions créera éventuellement le même besoin de trouver les bonnes personnes pour les réaliser.
C’est aussi là que Morgan Philips doit regarder. Pour notre industrie, cette transformation est particulièrement intéressante. Le recrutement international ne devrait plus être considéré uniquement comme une solution à une pénurie de main-d’œuvre.
Il peut devenir un véritable outil de développement économique. Chez Morgan Philips, notre présence internationale nous permet justement de réfléchir au talent au-delà des frontières traditionnelles. Notre rôle ne consiste pas simplement à identifier quelqu’un qui possède les bonnes compétences.
Il consiste aussi à comprendre les marchés, les cultures, les organisations et la capacité réelle d’une personne à réussir dans un nouvel environnement.
Et je crois que cette dimension prendra beaucoup plus d’importance dans les prochaines années.
Canada–Europe : se préparer dès maintenant à un marché plus transatlantique
Je ne pense pas que le Canada doive choisir entre les États-Unis et l’Europe. Ce serait beaucoup trop simpliste. Les États-Unis demeureront un partenaire économique majeur et un marché naturel pour les entreprises canadiennes. Mais diversifier nos relations, nos marchés, nos sources d’investissement et nos bassins de talents me semble relever du gros bon sens. Pendant longtemps, la proximité géographique déterminait largement avec qui nous faisions des affaires. La technologie, les accords commerciaux et les nouvelles réalités géopolitiques changent progressivement cette logique.
La prochaine grande occasion pour une entreprise canadienne ne se trouvera peut-être pas à 500 kilomètres au sud. Elle pourrait très bien se trouver à 5 000 kilomètres à l’est. Et si le Canada et l’Europe réussissent réellement le rapprochement qui se dessine actuellement, la question pour nos entreprises ne sera bientôt plus de savoir si elles doivent regarder vers l’Europe. Elle sera plutôt de se demander si nous sommes prêts à y faire des affaires, à y envoyer nos talents et à accueillir les leurs? Parce qu’en définitive, les accords rapprochent les marchés. Ce sont les personnes qui rapprochent les entreprises.
Vos questions fréquentes
Pourquoi le rapprochement entre le Canada et l’Europe représente-t-il une opportunité pour les entreprises canadiennes?
Le renforcement des relations économiques entre le Canada et l’Europe ouvre de nouvelles perspectives en matière de commerce, d’investissement, de technologie, d’énergie, de défense et d’innovation. Pour les entreprises canadiennes, et notamment les PME, l’Europe peut ainsi devenir un marché de développement complémentaire aux États-Unis et favoriser de nouveaux partenariats, acquisitions ou implantations.
Quels secteurs pourraient bénéficier du renforcement des relations économiques entre le Canada et l’Europe?
Plusieurs secteurs présentent des complémentarités importantes entre les deux marchés, notamment les technologies et l’intelligence artificielle, l’industrie, l’énergie, les minéraux critiques, les infrastructures, la finance, la défense et la fabrication avancée. Le développement de collaborations transatlantiques pourrait également accroître les besoins en compétences spécialisées et en profils de direction capables d’évoluer dans des environnements internationaux.
Le rapprochement Canada–Europe peut-il favoriser le recrutement international?
Oui. Lorsque les entreprises développent leurs activités sur de nouveaux marchés, leurs besoins en talents évoluent également. Certaines compétences rares ou expériences spécifiques peuvent être recherchées au-delà du marché local. Une entreprise canadienne peut ainsi identifier des profils en France, en Belgique, au Luxembourg, en Allemagne ou aux Pays-Bas, tandis qu’une entreprise européenne peut rechercher au Canada des dirigeants ou spécialistes connaissant le marché nord-américain.
Quels sont les enjeux du recrutement entre le Canada et l’Europe?
Le recrutement international ne repose pas uniquement sur les compétences techniques. Les différences de culture d’entreprise, de pratiques managériales, de réglementation et de relations de travail doivent également être prises en compte. La capacité d’un candidat à adapter son leadership, sa communication et sa manière de travailler à un nouvel environnement constitue donc un facteur essentiel de réussite.
Comment attirer des talents internationaux au Canada?
La rémunération reste importante, mais elle ne suffit plus toujours à différencier une entreprise. Les talents internationaux peuvent également être sensibles à la qualité du projet professionnel, au leadership, à la culture d’entreprise, à l’autonomie, aux perspectives d’évolution et aux possibilités de mobilité internationale. Construire une proposition de valeur employeur adaptée à ces attentes peut donc devenir un avantage pour les entreprises qui recrutent à l’international.