16/06/2026
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Incertitude, IA, réglementation, exigences clients toujours plus élevées... : les dirigeants gouvernent dans un océan de contraintes. Philippe Brière, expert en agilité d’entreprise et coaching professionnel, a piloté la refonte du cœur de réseau mobile d’Orange France pour les JO 2024. Il explique pourquoi l’accompagnement hybride (consultant + manager de transition + mentor + coach) est la clé pour passer de l’intention à l’impact."
1. Le défi des dirigeants en 2026
C'est une tarte à la crème que de rappeler la variété et l'âpreté des contraintes qui s'imposent aux dirigeants d'entreprise aujourd'hui. Et les PME/ETI sont particulièrement exposée, elles manquent de ressources, de temps, et elles doivent réagir juste. La vitesse d'adaptation ne suffit pas : c'est la finesse des choix et la cohérence, l'efficacité de leur mise en œuvre, qui comptent.
Le ou la dirigeant·e a généralement une vision claire tant de la destination que des principales étapes sur le chemin. En complément, l'offre de "conseil en stratégie" est pléthorique et souvent subventionnée. Comment traduire cela en actions concrètes et alignées ? Comment faire pour que le l'équipe dirigeante et les collaborateurs engagent leur énergie ? Pour que chacun fasse sa part sans bousculade, interprétations hasardeuses, initiatives hors-cadre ? Pourtant l'élan est là. Et depuis Mc Gregor en 1960 (Note), nous savon que le potentiel d'implication des "troupes" est là. Latent, hésitant, désordonné, déçu parfois, mais bel et bien là.
Et si "passer de l’intention à l’impact" nécessitait plus qu’un consultant, un manager, un mentor ou un coach ? Que se passe-t-il lorsqu'on allie ces différentes modalités dans une intervention hybride ? Quelles sont les conditions du succès et les résultats ?
2. Les "casquettes" classiques ne suffisent plus
Ce qui compte, c'est d'obtenir des résultats concrets à temps. C'est un mélange subtil entre déblaiement des obstacles concrets, dynamique d'équipe, mise en lumière d'angles-morts, soutien aux acteurs clé, pédagogie, franc-parler, enthousiasme, conseil et ... huile de coude.
- Le manager (interne) : mandat et équilibre délicat dans l’organisation, il compose avec les autres "services" pour durer.
- Le consultant : il apporte des solutions techniques ou procédurales, sans s’immerger dans l’opérationnel. Ses recommandations sont des livrables, pas des résultats. Son indépendance est précieuse, mais qui s’approprie ses propositions ?
- Le mentor : il partage son expérience et son réseau, mais reste en posture conseillère, sans s’impliquer dans la mise en œuvre.
- Le coach : il tend un miroir, travaille sur la dynamique d’équipe et invite au changement de posture. Sa force ? Sa patience et son souci de l’autonomie du coaché. Mais cette distance, vertueuse, peut parfois frôler l’absurde.
Le consultant apporte des solutions, mais ne les applique pas, ou partiellement. Le manager compose avec les entités, mais son rôle limite son élan. Le mentor conseille, mais ne challenge pas. Le coach écoute, mais ne décide pas. Et si on faisait tout cela à la fois ?
Nous pourrions invoquer ainsi d'autres archétypes de posture et de rôles : chacun a ses forces, mais aucune ne couvre à elle seule les besoins des dirigeants pour déployer une feuille de route stratégique dans un environnement complexe. Que d'opportunités pour un management de transition hybride. Et si on l'invitait plus souvent à donner de l’élan à la feuille de route ?
3. L’accompagnement hybride : orienté résultat
Sur le papier, cela semble simple : hybridons de manière proactive les différentes postures, en fonction des besoins du moment. C'est faisable et ça marche. C'est d'ailleurs ce que fait naturellement un manager de transition. L'important c'est le résultat, le "comment" est au service de cela.
Exemple avec Thomas : Responsable d’une entité cybersécurité de 50 personnes, il faisait face à une équipe débordée, un CODIR désaligné et une feuille de route sans résultats tangibles. En quelques mois, tout le monde a coopéré pour livrer des impacts via une planification trimestrielle. Comment ? En transposant la feuille de route en initiatives exécutables, en priorisant, en planifiant, et en coachant le dirigeant et son CODIR. Résultat : une intervention hybride réussie, toujours efficace après la transmission de la direction à la remplaçante de Thomas.
Les clés du succès :
- Cohérence : alignement entre stratégie (consultant), exécution (manager de transition), leadership (mentor) et dynamique collective (coach).
- Cohésion : un CODIR uni et des collaborateurs embarqués.
- Efficience : des résultats concrets, grâce à une formulation précise des initiatives, une priorisation claire et une mise en œuvre coordonnée, le tout accompagné de changements de posture.
La feuille de route est un objet transversal, qui requiert des compétences et des modes d'action variés. Sa mise en œuvre est comme une course de relais : c'est le bâton qui doit franchir la ligne d'arrivée en premier, donc les coureurs coopèrent au mieux de leurs capacités pour réussir ensemble. Cette dynamique collective, clé de la réussite est un élan commun dans lequel tout le monde doit "bouger.
A défaut, comme on dit, le soufflé retombe. D'un point de vue systémique, les cas où "ça ne va pas au bout" se résument assez bien en trois causes clé, concernant l'entreprise : le dirigisme épuisant, l'isolement de la direction et l'autonomisme.
- L'autonomisme c'est quand le dirigeant montre la lune, et que tout le monde regarde son doigt. La feuille de route est écrite, et la "dream team" se fait son idée de ce qu'il faut faire et comment. L'échec vient par manque de cadre, d'arbitrage, d'élan.
- L'isolement est une déconnexion d'avec le terrain, la feuille de route est comme une "pilule à faire passer". Les collaborateurs sont invités à exécuter sans être véritablement embarqués.
- Le dirigisme épuise le dirigeant mais aussi les collaborateurs dans un effort déséquilibré dont le CODIR est déconnecté. C'est ce qui arrive en croissance, lorsque le dirigeant n'a pas encore assez de relais, lorsque l'équipe CODIR n'est pas soudée ou qu'une crise de confiance s'est installée.
Schéma : L’accompagnement hybride permet de dépasser les 3 écueils qui font échouer les feuilles de route.
Pour l’intervenant, l’exercice exige un équilibre subtil :
- Proximité avec les collaborateurs pour les comprendre et gagner leur confiance,
- Alliance forte et en finesse avec le dirigeant et les membres du CODIR,
- Capacité à rendre la feuille de route claire et concrète,
- Souci de rendre les acteurs autonomes et pédagogie sans lourdeur,
- Pragmatisme pour introduire des pratiques de "delivery" efficaces et robustes,
- Adaptabilité face aux surprises opérationnelles et aux dynamiques psychologiques.
Ce qui fait la différence, par conséquent, outre l'expérience et l'expertise, c'est probablement une rigueur déontologique, où chaque décision - impliquer un acteur, questionner un usage ancré - est pesée pour impulser le changement adéquat tout en préservant l’autonomie des personnes et de l'entreprise. C’est cet équilibre délicat qui fait la réussite.
4. En pratique
Comment faire ? Sans prétendre établir une méthodologie, la pratique peut suggérer quelques pistes pour naviguer en mode hybride pour accompagner une feuille de route de l'intention à l'impact.
- Comprendre les vrais enjeux : Au-delà de la demande initiale, il s’agit d’identifier les problèmes, leurs impacts et leurs priorités (ex. : une douzaine de blocages** entremêlés dans le cas évoqué).
- **Définir une ambition claire : En quelques mots, poser la destination qui guidera les équipes.
- Établir un diagnostic partagé : Faire émerger un constat commun avec pédagogie et l’écoute, restitué par le dirigeant.
- Clarifier la feuille de route : La transformer en "backlog" d’initiatives SMART co-construit, priorisable, planifiable et exécutable.
- Mettre en mouvement : Ateliers et séminaires pour aligner, motiver et outiller les acteur (autonomie).
- Avancer par étapes : Planifier, exécuter, démontrer, ajuster de manière collégiale, en s’appuyant sur des pratiques éprouvées.
- Piloter sans confusion : Distinguer suivi opérationnel et accompagnement stratégique pour rester focalisé sur les objectifs.
Mais alors, qu'est-ce qui est du ressort de tel ou tel rôle ? La question est légitime et ce qui suit est une tentative de réponse. Pour autant l'articulation entre les différentes postures relève parfois moins du scénario cousu de fil blanc que du théâtre d'improvisation !
| Besoin |
Posture dominante |
Exemples d'action |
| Clarté stratégique |
Consultant |
Atelier de priorisation |
| Débloquer un projet |
Manager de transition |
Intervention ciblée pour relancer une initiative clé |
| Développer un leader |
Mentor |
Conseils sur la gestion de tensions entre équipes |
| Transformation coordonnée |
Coach |
Coaching du dirigeant, séminaire de direction |
5. Les résultats : impact et robustesse
Une feuille de route qui livre rapidement et fréquemment, en autonomie, c'est d'abord un soulagement pour le dirigeant qui voit sa vision traduite concrètement en impacts et gagne en sérénité malgré l'incertitude. Pour l'équipe dirigeante, c'est plus d'alignement et d'autonomie, puisqu'il aura fallu pour réussir clarifier priorités, rôles et fonctionnement, et qu'il devient possible de piloter la suite sans dépendre de l'accompagnant. Pour les collaborateurs, plus de sens au quotidien et un levier pour voir les idées de terrain transposées en initiatives claires.
Globalement, la réussite de la feuille de route c'est un gage de résilience, cette capacité à absorber les chocs (réglementaires, marché, etc.), de performance, mais aussi de capacité à durer en s'adaptant au contexte en minimisant l'énergie nécessaire pour le faire.?
6. Vers un accompagnement hybride
Gouverner une organisation aujourd’hui, c’est comme naviguer en solitaire dans une tempête : il vous faut la boussole (stratégie), le gouvernail (exécution), l’équipage (cohésion)… et avoir gardé assez de ressources pour changer de cap. Quelle est votre prochaine étape stratégique qui nécessite un accompagnement à la fois expert, opérationnel et humain ?
Note* : McGregor, D. (1960). The Human Side of Enterprise. McGraw-Hill.