22/07/2026
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Le 18 juin dernier, plusieurs centaines de professionnels des ressources humaines se sont réunis dans l’amphithéâtre Boutmy de Sciences Po Paris pour célébrer la 30e édition du Trophée du DRH de l’année. Depuis 1996, cet événement organisé par Morgan Philips, Cadremploi et Le Figaro Emploi met à l’honneur celles et ceux qui contribuent à faire évoluer la fonction RH et à renforcer son rôle stratégique au sein des entreprises.
Placée sous le signe des « mots », cette édition anniversaire a permis de revenir sur trois décennies de transformations, d’engagement et de transmission. Elle a également fait dialoguer les différentes générations de professionnels RH, en réunissant sur scène plusieurs anciens lauréats du Trophée et en mettant à l’honneur Vincent Lecerf, Directeur Exécutif des Ressources Humaines du groupe Orange, désigné DRH de l’année 2026.
Mais cette soirée résolument tournée vers l’avenir a aussi marqué la création d’une nouvelle distinction : le Prix Next Gen HR. Décerné en partenariat avec le Cercle Humania, ce prix a pour ambition de mettre en lumière les professionnels qui, par leur vision, leur engagement et leurs réalisations, contribuent à façonner l’avenir de la fonction RH.
Pour cette première édition, le Prix Next Gen HR a été attribué à Dienaba Sarr, Global HR Director, General Secretary & Sustainability chez Danone. Une distinction qui récompense une vision des ressources humaines à la croisée de la stratégie, de la transformation des organisations et du développement des personnes.
À travers cette interview, Dienaba Sarr revient sur la signification de cette reconnaissance et partage sa conception d’une fonction RH « nouvelle génération ». Elle évoque également les expériences qui ont façonné son parcours, les réalisations dont elle est particulièrement fière et la responsabilité des entreprises envers les femmes et les hommes qui leur confient une partie de leur vie professionnelle. Une prise de parole inspirante autour d’un métier en pleine évolution, dont elle résume la mission en un mot : la cohérence.
1. Vous êtes la première lauréate du Prix Next Gen HR. Que représente cette distinction pour vous ?
Je pense que ce prix dit quelque chose de l’évolution de notre métier.
Le fait qu’un Prix Next Gen HR voie le jour, trente ans après le Trophée du DRH de l’année, traduit une évolution profonde des attentes vis-à-vis des ressources humaines.
Aujourd’hui, les sujets de capital humain sont devenus des enjeux de transformation, de compétitivité et de création de valeur. Les entreprises attendent de leurs DRH qu’ils développent les compétences, fassent évoluer les organisations et préparent l’avenir autant qu’ils accompagnent le présent.
C’est cette évolution du rôle que ce Prix me semble reconnaître, et je suis très honorée d’en être la première lauréate. J’y vois aussi une reconnaissance du travail collectif mené avec les équipes RH et les managers qui contribuent chaque jour à faire évoluer l’entreprise.
2. Ce prix met à l’honneur une nouvelle génération de DRH. Qu’est-ce que cela signifie, selon vous, être une DRH “nouvelle génération” aujourd’hui ?
Pour moi, ce n’est pas tant une question de génération que de nouvelles perspectives sur le rôle, dans l’époque dans laquelle nous sommes.
Le monde dans lequel les entreprises évoluent est beaucoup plus instable : tensions géopolitiques, accélération technologique, évolution rapide des compétences, attentes croissantes en matière de responsabilité et de transparence.
Cela redéfinit profondément le rôle des ressources humaines.
Il ne s’agit plus seulement d’accompagner les transformations. Il faut les anticiper, faire des choix clairs sur les talents, aider les organisations à rester lisibles dans la complexité et développer des leaders capables de donner une direction, de prendre des décisions et d’embarquer leurs équipes dans la durée.
Plus que jamais, la performance durable des entreprises repose sur leur capacité à faire grandir les personnes, développer les compétences dont elles auront besoin demain et créer les conditions de l’engagement collectif.
3. Y a-t-il eu un moment, une rencontre ou une expérience qui a confirmé votre envie d’évoluer dans les ressources humaines ?
Je ne crois pas qu’il y ait eu un déclic. Il y a plutôt eu une évidence qui s’est construite au fil de mon parcours.
J’ai découvert que les ressources humaines étaient l’une des rares fonctions capables de relier la stratégie, les organisations et les personnes.
Plus j’ai exercé ce métier, plus j’ai compris que c’est précisément à cette intersection que se prennent les décisions qui ont le plus d’impact sur la capacité d’une entreprise à se transformer et à réussir durablement.
C’est cette complexité, autant que cette responsabilité, qui me donne encore envie d’exercer ce métier aujourd’hui.
4. Quelle réalisation RH vous rend aujourd’hui particulièrement fière ?
Dernièrement, le déménagement du siège mondial de Danone, après plus de vingt ans au même endroit.
C’était une occasion rare de repenser ce qu’un siège peut représenter pour une entreprise : pas seulement un lieu de travail, mais un espace qui incarne une culture, une manière de collaborer et une ambition collective.
Nous l’avons mené avec une idée simple : créer un lieu qui permette aux Danoners de se rencontrer davantage, de mieux se connaître, de créer des liens plus naturels et de libérer les énergies collectives.
Ce n’était donc pas seulement un projet immobilier, mais un véritable projet de transformation.
Je pense aussi à des transformations plus discrètes mais tout aussi fortes : ouvrir des métiers industriels à des femmes au Ghana, faire évoluer des agents de maîtrise en France ou voir des leaders prendre confiance dans des responsabilités qu’ils ne pensaient pas pouvoir assumer.
Au fond, ce sont souvent ces transformations individuelles qui me rendent la plus fière. Voir une personne accéder à des responsabilités qu’elle ne pensait pas pouvoir assumer reste l’une des plus belles dimensions de notre métier.
5. Cette édition était placée sous le signe des mots. S’il ne devait rester qu’un mot pour définir votre vision du métier de DRH, lequel choisiriez-vous, et pourquoi ?
Cohérence.
Parce qu’au fond, une grande partie du métier consiste à réduire les écarts.
L’écart entre les ambitions affichées et la réalité du terrain. Entre ce que l’entreprise dit et ce qu’elle fait. Entre ce qu’elle attend de ses équipes et ce qu’elle leur permet réellement de faire.
Quand ces écarts deviennent trop importants, l’énergie se disperse, la confiance s’érode et l’exécution devient plus difficile.
Quand ils se réduisent, on crée de la clarté, de l’engagement et de l’impact.
C’est sans doute là que les ressources humaines apportent le plus de valeur.
6. Quelle conviction RH aimeriez-vous porter tout au long de votre parcours ?
J’ai une conviction très simple : les organisations ont une responsabilité durable envers les personnes qui leur confient une partie de leur vie.
Elles ont le pouvoir d’accélérer une trajectoire, de révéler des talents, de donner confiance et d’ouvrir des perspectives. Mais cette responsabilité est nécessairement partagée : à l’entreprise de créer les conditions, à chaque collaborateur de choisir de s’en saisir.
J’aimerais que l’on mesure mon impact à ce que deviennent les personnes après leur passage dans les organisations auxquelles j’ai contribué.
Une entreprise réussit vraiment lorsque les femmes et les hommes qui la quittent sont plus compétents, plus confiants, plus ambitieux et plus libres qu’ils ne l’étaient en arrivant.
Nous ne sommes pas propriétaires des talents. Nous sommes responsables de ce que nous leur permettons de devenir.
Je crois profondément que le rôle des ressources humaines est de créer les conditions dans lesquelles chacun peut continuer à apprendre, à se développer et à contribuer à quelque chose de plus grand que soi.
7. En tant que première lauréate du Prix Next Gen HR, quel message aimeriez-vous adresser aux futurs talents de la fonction RH ?
Je leur dirais d’aller chercher de la profondeur.
Comprendre le business en profondeur, bien sûr. Mais comprendre les organisations et les dynamiques humaines avec le même niveau d’exigence.
C’est souvent là que se fait la différence.
Plus on comprend ce qui fait avancer une équipe, ce qui crée la confiance, ce qui permet à des personnes de grandir ou au contraire les freine, plus on est capable d’avoir un impact réel sur le business.
C’est cette capacité à relier la stratégie aux réalités humaines qui rend ce métier aussi exigeant que passionnant. Elle est aussi ce qui lui permet d’avoir un impact durable, à la fois sur la performance de l’entreprise et sur le parcours des personnes.
À travers ses réponses, Dienaba Sarr dessine les contours d’une fonction RH à la fois plus stratégique, plus exigeante et profondément attentive aux trajectoires individuelles. Une fonction qui ne se contente plus d’accompagner les transformations, mais qui contribue à les anticiper, à les rendre compréhensibles et à créer les conditions de leur réussite.
Le mot qu’elle choisit pour définir sa vision du métier, « cohérence », résume pleinement cette ambition : réduire les écarts entre les intentions et les actes, entre la stratégie de l’entreprise et la réalité vécue par ses collaborateurs, mais aussi entre ce que l’organisation attend des personnes et ce qu’elle leur permet réellement d’accomplir. Première lauréate du Prix Next Gen HR, Dienaba Sarr incarne ainsi l’esprit de cette nouvelle distinction : reconnaître des professionnels capables de relier les enjeux de performance aux dynamiques humaines et de préparer, dès aujourd’hui, les organisations et les compétences de demain.
Son message adressé aux futurs talents de la fonction RH prolonge cette vision : chercher à comprendre le business, les organisations et les personnes avec la même profondeur. Une exigence indispensable pour avoir un impact durable, aussi bien sur la performance de l’entreprise que sur le parcours de celles et ceux qui la font vivre.
Nous remercions chaleureusement Dienaba Sarr d’avoir accordé à Morgan Philips cette interview exclusive et d’avoir partagé avec nous sa vision, son parcours et ses convictions sur l’avenir de la fonction RH.